Une salle des fêtes de village, un mardi soir de novembre, trente personnes assises sur des chaises pliantes. Au programme : le financement d'un parc solaire sur une ancienne décharge. Et là, surprise : la moitié de l'auditoire a moins de 30 ans. Des étudiants en BTS, deux apprentis électriciens, une fille qui sort de service civique dans une association de Loire-Atlantique. Ce n'est pas le tableau qu'on m'avait décrit.

Quand on parle d'énergies renouvelables citoyennes, on imagine souvent des retraités militants, des gens du cru, des agriculteurs qui veulent diversifier. Pas faux. Mais dans les projets collectifs portés par des jeunes, il se passe autre chose — quelque chose que les pionniers du secteur n'avaient pas forcément anticipé. Et franchement, ça bouscule un peu les habitudes.

Points clés à retenir

  • Un projet citoyen d'énergie, c'est une société locale (SAS ou coopérative) où les habitants, la mairie et parfois des associations détiennent le capital et décident.
  • On compte environ 500 projets citoyens aboutis ou en cours en France, avec plus de 30 000 citoyens impliqués — mais la part des moins de 30 ans reste minoritaire.
  • Les jeunes entrent rarement par l'argent : ils entrent par le terrain (chantier participatif, stage, service civique), puis deviennent sociétaires à petits montants.
  • Le principal frein est le ticket d'entrée à 100 € ou plus, plus dissuasif qu'on ne le pense quand on est étudiant.
  • Les coopératives les plus dynamiques ont ouvert des parts jeunes à 20 ou 50 € : ce n'est pas un détail cosmétique, c'est un vrai levier de renouvellement.

Un projet citoyen d'énergie, comment ça marche vraiment quand on a 22 ans ?

La définition officielle tient en une phrase : une société locale, ouverte au financement des habitants, où les décisions se prennent sur le territoire et où les bénéfices y restent. Sur le papier, séduisant. Dans la pratique, il faut comprendre trois choses : qui décide, qui paie, qui touche.

Qui décide ?

Le montage le plus courant est une SAS ou une SCIC dont le capital est réparti entre habitants, collectivités et parfois un développeur professionnel minoritaire. Une assemblée générale vote les orientations. Une voix par personne, pas une voix par euro : c'est la règle dans les coopératives, et c'est précisément ce qui rend ces structures accessibles à un jeune sans patrimoine.

Là où ça se complique, c'est la charge de travail. Une AG, c'est une réunion le samedi matin, des documents à lire, des comptes à valider. Quand on est étudiant avec un job à côté, la marche est haute.

Combien il faut mettre, et pour quel rendement ?

Les tickets d'entrée tournent généralement autour de 100 € la part, parfois 50 € dans les structures qui ont fait un effort sur l'accessibilité, parfois moins pour des parts spécifiques. Le rendement servi est modeste : de l'ordre de 2 à 4 % l'an selon les projets, avec un capital bloqué plusieurs années.

Autant dire que personne ne s'enrichit. Un jeune sociétaire qui place 100 € dans un parc solaire le fait pour la beauté du geste, pas pour le calcul financier. Et c'est très bien comme ça — mais il faut le dire clairement aux nouveaux venus, parce que j'ai vu plusieurs déçus repartir en découvrant qu'ils ne toucheraient presque rien.

Quelle place les jeunes occupent-ils réellement dans les projets collectifs ?

Avouons-le : pas encore assez. Dans les structures que je connais, l'âge moyen des sociétaires dépasse largement la cinquantaine. Sur un projet que j'ai suivi de près, sur 180 sociétaires, une douzaine seulement avaient moins de 35 ans. Ce n'est pas un problème de motivation, c'est un problème de canaux.

Quelle place les jeunes occupent-ils réellement dans les projets collectifs ?

Pourquoi ils arrivent si tard — ou pas du tout

Trois obstacles reviennent systématiquement quand on discute avec des 20-30 ans intéressés :

  • Le capital de départ, même modeste, arrive à un moment de la vie où chaque euro compte (loyer, transports, études).
  • La mobilité : on sait qu'on partira dans deux ans. S'engager dans une société dont on sera absent à la prochaine AG, ça freine.
  • Une méconnaissance totale du mécanisme. Personne n'a expliqué en cours que mettre 100 € dans un projet local était possible.

Le troisième point est le plus bête, et le plus facile à corriger. Un partenariat entre une coopérative et un lycée agricole, une intervention d'une heure en BTS électrotechnique, et le taux de candidature explose localement. J'ai vu une structure doubler son nombre de sociétaires de moins de 30 ans en deux ans juste en allant parler dans deux établissements.

Le parcours type : comment un jeune rejoint un projet citoyen

En pratique, presque personne ne commence par acheter une part. Le chemin typique ressemble plutôt à ça :

  1. Une visite de site, un chantier participatif, un atelier de construction de panneaux.
  2. Un stage ou un service civique dans la structure porteuse.
  3. Une formation courte (une demi-journée suffit souvent) sur le montage juridique et financier.
  4. L'adhésion comme sociétaire, à petit montant, parfois offerte la première année.
  5. Et parfois, deux ou trois ans plus tard, l'entrée au conseil d'administration.

Ce dernier point est celui qui change tout. Une fois qu'un jeune est au CA, les sujets changent : la communication vers les moins de 30 ans devient une priorité, les horaires de réunion s'adaptent, les outils numériques s'améliorent.

Énergie citoyenne : quelle formule pour quel profil de jeune ?

Tous les engagements ne se ressemblent pas. Voici une comparaison honnête, tirée de ce que j'ai pu observer sur plusieurs structures réparties entre l'ouest et le centre de la France.

Énergie citoyenne : quelle formule pour quel profil de jeune ?
Formule Coût d'entrée Temps à consacrer Pour qui ?
Sociétaire simple 50 à 100 € 1 AG par an Étudiant ou jeune actif qui veut soutenir sans s'investir
Bénévolat ponctuel (chantier, événement) 0 € 1 à 3 jours par an Celui qui veut mettre les mains dedans
Service civique ou stage 0 € 6 à 12 mois Sortie d'études, envie de découvrir le secteur
Membre du conseil d'administration Part sociale 1 réunion par trimestre Jeune déjà sociétaire qui veut peser sur les décisions

Le conseil d'administration, à mon avis, est la formule la plus sous-exploitée. On y apprend plus sur le montage d'un projet d'énergie en un an qu'en trois ans de lectures. Et contrairement à ce qu'on croit, les places ne sont pas verrouillées par les anciens — il suffit souvent de lever la main.

Les chiffres clés de l'énergie citoyenne, sans enjolivement

Le secteur reste jeune, et ça se voit dans les ordres de grandeur. Voici ce qu'on peut dire sans se tromper :

Les chiffres clés de l'énergie citoyenne, sans enjolivement
  • Environ 500 projets citoyens existent ou sont en développement en France.
  • Plus de 30 000 citoyens y sont sociétaires, dont la grande majorité est âgée de plus de 45 ans.
  • Près de 900 collectivités sont actionnaires de ces structures.
  • Le rendement servi aux sociétaires oscille typiquement entre 2 et 4 %.

Ces chiffres disent une chose : le mouvement existe, il est structuré, mais il n'a pas encore réussi sa bascule générationnelle. C'est le chantier des prochaines années.

« Les énergies citoyennes, c'est un parti politique ? »

Non. Et cette confusion revient souvent quand on parle du sujet pour la première fois. Les projets citoyens d'énergie ne sont rattachés à aucune formation politique. Ce sont des sociétés commerciales locales, à statut coopératif ou SAS, dont la logique est de produire de l'électricité ou de la chaleur et de faire vivre une gouvernance de proximité.

Ce qui existe, ce sont des élus locaux de tous bords qui soutiennent des projets sur leur commune, et un débat public sur la place des habitants dans la transition énergétique. Mais confondre une coopérative avec un parti, c'est comme confondre une AMAP avec un syndicat agricole. Ça n'a rien à voir, et ça éloigne des gens qui pourraient s'y intéresser.

Faut-il investir son épargne dans l'énergie renouvelable quand on débute ?

Si vous avez 500 € de côté et que vous hésitez entre un livret et une part sociale, la réponse honnête est : le livret est plus liquide, la part sociale plus engageante. Le rendement de 2 à 4 % n'est pas mirobolant. En revanche, ce que vous y gagnez en compréhension du secteur n'a pas de prix — et je pèse mes mots. J'ai vu des jeunes sortir d'un CA de coopérative avec une vision du montage de projet qu'aucune école ne leur avait donnée.

Ce qui reste quand la réunion est finie

Repensons à cette salle des fêtes de novembre. À la fin de la réunion, une des étudiantes est venue me voir pour demander comment on crée une coopérative. Pas comment on y adhère : comment on en crée une. Elle avait 21 ans et un projet de parc solaire sur le parking de son lycée.

Je n'ai pas de statistique à vous sortir sur le nombre de jeunes qui font ça chaque année. Ce que je sais, c'est que ces projets collectifs ont un effet secondaire qu'on mesure mal : ils apprennent à des gens qui n'y connaissaient rien qu'on peut décider collectivement d'une infrastructure énergétique. Et ça, ça ne se résume pas à un rendement de 3 %.

La vraie question n'est peut-être pas de savoir comment attirer plus de jeunes dans les énergies renouvelables citoyennes. C'est de savoir si les structures existantes sont prêtes à leur laisser des places — dans les CA, dans les AG, dans les choix techniques. Parce que les jeunes, eux, semblent déjà prêts.